Accueil > Les Formations > Le cycle national > Cycles nationaux précédents > Cycle national 2017 - 2018 > Programmes > Session 8 : Méconnaître - Voyage d’études au Chili

Enregistrer au format PDF
Cycle national 2017-2018

Session 8 : Méconnaître - Voyage d’études au Chili

8-15 avril 2018

Méconnaître amène à considérer ce qui aurait pu, d’un regard trop rapide, ne pas être identifié1 et à ouvrir des perspectives plus complexes de recherche. Puisque nous avons pris le temps, dans la session précédente, de croiser les regards sur l’erreur, et mis en lumière certaines de ses caractéristiques : féconde, humaine, soumet le collectif à une réflexion, a des conséquences visibles, est source d’opportunités, fait évoluer les valeurs, ouvre au partenariat, n’est pas intentionnelle, a des effets non escomptés et est inhérente à l’action2, nous pouvons nous risquer à faire des hypothèses sur « Chili et méconnaître ». Et, comme un auditeur le souligne « ma seule certitude est que l’inconnu de demain est l’incertitude du connu d’aujourd’hui ».

En 1605, un marin portugais soupçonne l’existence du continent antarctique, qu’il appelle Terra australis incognita. Nous pourrions faire ici le lien entre nos voyages au Portugal et au Chili, passer du départ vers l’inconnu à l’arrivée en pays méconnu. Chili ne signifie-t-il pas « endroit où finit la terre » ? Le continent arctique, ce sont 14 millions de km² dont 1 250 000 appartenant au Chili, laissés libres aux recherches scientifiques par un traité ratifié en 1959 par douze pays. Les revendications territoriales y sont gelées et les activités commerciales interdites. Sur cette terre méconnue, on cherche hors frontières.

Méconnu sur l’échiquier mondial jusque dans les dernières décennies du siècle passé, ce pays qui ne peut se résumer, étiré sur quelques 4300 km, large d’un peu plus de 350 km traversé par bien des climats, doté de paysages à couper le souffle, composé d’une mosaïque de cultures, dont certaines puisent leurs origines très profondément dans cette terre, manifeste depuis longtemps une identité propre. Dès la première constitution, en 1833, la nation a été consolidée grâce à une attention particulière portée à l’éducation. Aujourd’hui, poètes, écrivains, scientifiques et philosophes chiliens font autorité.

Une légende Mapuche rappelle que le Dieu de la mer se mit à élever le niveau des mers, aussitôt le Dieu de la Terre haussa les terres et les montagnes. L’affrontement dura un certain temps. Le Chili pays des tremblements de terre, dispose de la fosse marine la plus profonde du monde (7000 m) et de terres occupées à 80% par les montagnes. Tout est profondeur et contraste. Ce pays riche de ressources naturelles actualise ses richesses (cuivre, argent, charbon, blé, fruits, élevage, pêche, bois…) à force d’exploration, de prospection et de travail. Et simultanément, dans l’Atacama, on passe du désert absolu à un infini qui semble tout aussi absolu : grâce à la transparence de l’atmosphère, des astronomes du monde entier accèdent aux galaxies situées à plus de 10 milliards d’années lumières. Là aussi on y cherche hors frontières.

Face à cet ensemble, où se trouvent les forces d’innovation du Chili ? Comment éducation et recherche se lient-elles à l’économie, à la vie sociale et politique de ce pays devenu membre de l’OCDE en 2010 et tellement lié à l’Europe ? Grâce à quels dialogues se fonde son identité intellectuelle ? Comment réussit-il à afficher sa stabilité tout en étant soumis à des mouvements si puissants ? Développe-t-il un modèle d’innovation bien à lui, qui couplerait méconnaître et résilience ?

Muriel MAMBRINI-DOUDET directrice de l’IHEST

Publié le vendredi 6 avril 2018