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Ouverture du cycle national 2007 - 2008

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche installe la seconde promotion de l’IHEST

6 novembre 2007, Paris

La session d’ouverture s’est déroulée le 6 novembre 2007 au Collège de France et était présidée par Bertrand Collomb, président de l’Institut et Jacques Glowinski, administrateur honoraire du Collège de France.

Mesdames et Messieurs

Je me réjouis d’être parmi vous aujourd’hui pour la mise en place de la deuxième promotion de l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie, la première depuis ma nomination à la tête de ce ministère de la connaissance qu’est le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, la première également depuis la création
« officielle » de l’institut, intervenue par décret le 27 avril dernier.

Parlementaire au moment de l’examen du Pacte pour la recherche, je m’étais particulièrement investie lors des débats pour faire progresser une conception de la recherche plus réactive, plus efficace, tout en étant plus proche de nos concitoyens. Je mesure donc toute l’importance de la mission confiée à l’IHEST, qui est de contribuer au rapprochement de la science et de la société.

La rentrée de cette deuxième promotion de l’IHEST se fait en effet à un moment doublement crucial.

Tout d’abord, dans un mouvement qui a commencé avec le Pacte pour la recherche, la France s’est engagée dans une profonde réforme de son système d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation.

Dans un contexte marqué par une ouverture toujours plus importante à l’Europe et à l’international – j’observe d’ailleurs avec intérêt que l’une des treize sessions que vous suivrez est consacrée à l’Europe de la recherche et à la coopération transfrontalière comme dynamique de développement – le Pacte permettait de répondre à trois défis majeurs : l’attractivité, la dynamique, l’efficacité.

Le premier point, l’attractivité, est crucial dans une activité où la matière première est intellectuelle et alors que des départs massifs à la retraite se profilent à la fois dans les organismes de recherche et les universités. A titre d’exemple, plus de 25 % des personnels du CNRS doivent partir à la retraite d’ici 2013. Or, il est nécessaire, pour les

remplacer, d’attirer dans les carrières scientifiques de jeunes talents. Il faut également que l’accueil des nouveaux chercheurs, les moyens mis à leur disposition et leurs perspectives de carrière viennent renforcer les vocations scientifiques.

Pour ce faire, l’allocation de thèse des doctorants a tout d’abord été revalorisée à plusieurs reprises au cours des 18 derniers mois, la dernière fois le 1er octobre de cette année, pour que, cumulée avec le monitorat, elle atteigne 1,5 SMIC. D’autres dispositifs ont été renforcés ou commencent à être mis en place, comme les conventions CIFRE ou le dispositif docteurs conseils, pour développer de nouvelles formes de préparation et de rédaction de sa thèse.

Au-delà de la thèse – qui doit s’apparenter de plus en plus à une première expérience professionnelle et non comme une poursuite d’études – les recrutements dans la recherche publique ont été significatifs. En effet, 6 000 postes de chercheurs, d’enseignants chercheurs, d’ingénieurs ont été créés entre 2005 et 2007 dans les universités et les organismes de recherche.

Enfin, le développement des coopérations internationales, les échanges entre pays européens et la mobilité croissante des chercheurs doivent représenter des opportunités à saisir et une motivation supplémentaire pour la nouvelle génération de chercheurs français.

S’agissant du deuxième point, la dynamique, l’expérience montre que le dispositif de recherche français est très éclaté, avec la coexistence d’organismes publics, d’universités, de grandes écoles, de laboratoires privés ou centres de recherche de l’industrie. Il était nécessaire que l’Etat donne à ceux des acteurs qui le souhaitaient la possibilité de prendre, de mutualiser, voire de regrouper leurs forces.

Cette préoccupation vaut à la fois pour la recherche publique et la recherche privée. En ce qui concerne la première, ce sont ainsi, à ce jour, neuf pôles de recherche et d’enseignement supérieur qui ont été créés, ainsi que treize réseaux thématiques de recherche avancée. La nécessité d’une coopération plus poussée entre laboratoires publics et entreprises a été favorisée, dans une logique thématique, par les pôles de compétitivité, et, dans une logique thématique et professionnelle, par les labels Carnot, formes innovantes de partenariats dotés de moyens spécifiques.

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La dynamique de la recherche, c’est enfin le soutien spécifique apporté à la recherche privée, avec notamment la montée en puissance du crédit impôt recherche, profondément réformé dans le cadre du projet de loi de finances pour 2008. Vous connaissez certainement l’objectif que se sont fixé les gouvernements européens dans le cadre de la stratégie de Lisbonne : faire en sorte que les dépenses de recherche et développement atteignent 3 % du PIB. Il faut savoir que cet objectif se décompose en fait en deux sous- objectifs : faire en sorte que la dépense publique de recherche et développement atteigne
1 % du PIB et que la dépense privée atteigne 2 %. Si le premier sous-objectif est aujourd’hui atteint, tel n’est pas le cas de celui relatif à la dépense privée de recherche et développement. Nous souffrons en la matière d’un certain retard par rapport aux pays industrialisés les plus avancés. Nous ne pourrons le combler que si nous encourageons financièrement les entreprises à développer leurs dépenses de recherche et développement, à localiser leurs centres de recherche sur le territoire national, à faciliter les coopérations avec le secteur public, avec notamment les outils dont je viens de parler.

Le troisième point, la recherche de l’efficacité, était et reste particulièrement légitime alors que la Nation s’engageait dans un effort financier significatif en faveur de la recherche.

Pour se donner les moyens de faire les bons choix, l’Etat s’est ainsi doté de nouveaux outils garants de la cohérence et de l’efficacité des politiques de recherche. Il s’agissait :

  • de donner des grandes orientations et d’éclairer les choix du gouvernement, avec la création du Haut Conseil de la Science et de la Technologie ;
  • de soutenir la logique de projets, avec la pérennisation et la montée en puissance de l’Agence nationale de la recherche, qui finance des projets dans le cadre d’appels d’offres, selon une logique qui se retrouve dans les pays les plus en avance en matière scientifique ;
  • d’évaluer de façon systématique et unifiée avec l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Je crois utile de m’attarder quelques instants sur cette dernière institution, l’AERES, qui s’est mise en place récemment et vient de rendre publiques ses premières évaluations d’établissements d’enseignement supérieur. Vous aborderez vous-même cette question à l’occasion de votre session consacrée à l’évaluation de la recherche et des universités.

La recherche et l’enseignement supérieur figurent en effet parmi les activités soumises à une concurrence mondiale de plus en plus forte. La concurrence existe ainsi au niveau du choix des « utilisateurs », avec le souhait pour un étudiant de suivre une formation dans tel établissement plutôt que tel autre, des « acteurs », certains chercheurs et enseignants chercheurs n’hésitant plus à aller s’installer à l’étranger, dans les environnements qu’ils estiment les plus propices à leur épanouissement professionnel et personnel, ainsi que des « financeurs », à savoir, le plus souvent, les pouvoirs publics.

Dans la mesure où le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche constitue, pour ces derniers, un véritable investissement pour l’avenir du pays, ils doivent pouvoir s’appuyer, pour leurs décisions, des outils leur permettant d’établir le diagnostic le plus pertinent sur les forces et faiblesses du système de recherche et d’enseignement supérieur.

Comme vous le savez, la première étape de réforme de notre système d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation initiée à travers le Pacte pour la recherche a été suivie, l’été dernier, d’une deuxième étape avec l’adoption de la loi sur les libertés et responsabilités des universités.

Cette loi a pour ambition de faire de l’université française le lieu de tous les savoirs, le lieu où les étudiants acquerront les connaissances qui les prépareront dans les meilleures conditions à leur épanouissement personnel, à leur vie de citoyen, à leur insertion professionnelle. C’est désormais une nouvelle mission affirmée du service public de l’enseignement supérieur.

La réalisation de ces objectifs passait par une réforme profonde de l’organisation de toutes les universités.

La loi prévoit d’abord de rénover la gouvernance des universités avec un soutien particulier de l’Etat pour les rendre plus réactives, pour simplifier les procédures, clarifier les missions et élargir leurs capacités d’initiative.

La taille du conseil d’administration, organe de décision, est ainsi réduite dans une fourchette de 20 à 30 membres, sachant qu’elle va aujourd’hui jusqu’à 60. Les règles de majorité sont simplifiées pour faciliter la prise de décision et son autorité sur les composantes de l’université et le déroulement des études sont affirmées.

Au conseil scientifique, qui accueille plus largement les représentants des étudiants du troisième cycle, et au conseil des études et de la vie universitaire, qui voit ses champs d’expression élargis avec l’attribution d’une nouvelle mission en matière d’évaluation des enseignements, une compétence consultative venant éclairer le conseil d’administration dans sa prise de décision.

session1 photo3 Cette redéfinition des rôles des conseils s’accompagne d’un renforcement des compétences du président de l’université qui a vocation à devenir le porteur du projet d’établissement. Elu par les membres élus du conseil d’administration pour un mandat d’une durée de quatre ans, désormais synchronisée avec celle des conseils renouvelable une fois, il s’imposera légitimement comme l’animateur d’une équipe de direction cohérente. Détenteur de l’autorité en matière de gestion et d’administration de l’université, il disposera d’un droit de regard sur toutes les affectations prononcées dans l’établissement et du pouvoir de déléguer très largement sa signature.

Leur gouvernance ainsi renforcée, les universités seront en mesure d’exercer des compétences nouvelles leur permettant d’affronter dans les meilleures conditions la concurrence internationale, sachant que les universités ont jusqu’au 10 août 2008 pour modifier leurs statuts et adopter une nouvelle gouvernance.

Elles ont tout d’abord vocation, dans un délai de cinq ans, après décision du conseil d’administration approuvée par l’Etat, à assumer un bloc de responsabilités et de compétences élargies : mise en place d’un budget global intégrant la masse salariale, possibilité de recruter plus largement des contractuels pour occuper des emplois de catégorie A, possibilité de moduler les obligations de service des enseignants-chercheurs et de gérer les primes de l’ensemble de leur personnel.

Les universités pourront également disposer de leur patrimoine en demandant à l’Etat le transfert de la pleine propriété des biens immobiliers qui leur sont affectés ou qui sont mis
à leur disposition.

La réforme de la gouvernance et des compétences des universités s’accompagne d’une redéfinition du rôle de l’Etat, qui s’affirme comme partenaire et garant, présent aux côtés de l’université pour définir le cadre général des études (habilitation et caractère national des diplômes, fixation des frais d’inscription), pour l’accompagner, par le contrat, dans son développement, pour évaluer ses politiques et pour s’assurer enfin du respect des règles de fonctionnement établies par la loi et le règlement.

Je tiens enfin à signaler que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités s’inscrit dans une réforme plus large, annoncée par le Gouvernement et organisée autour de cinq piliers : les conditions de vie étudiante, les carrières des personnels, les conditions matérielles de l’exercice des missions de l’enseignement supérieur et de la recherche, les statuts des jeunes chercheurs et des enseignants-chercheurs, et enfin celui tout aussi décisif de la réussite en Licence.

In fine, avec des universités puissantes et autonomes, des organismes de recherche menant une politique scientifique active, la montée en puissance de la recherche sur projets et une recherche privée plus dynamique, le système français d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation s’appuiera sur quatre piliers pour répondre aux défis du XXIème siècle.

Un effort financier considérable sera consenti par l’Etat. Le Président de la République et le Premier ministre ont affirmé à de multiples reprises leur intention de consacrer 9 Md€ supplémentaires à la recherche et à l’enseignement supérieur d’ici 2012. Le budget 2008 est un premier témoignage de notre intention collective en la matière.

La deuxième dimension cruciale du moment découle de la défiance grandissante qu’éprouvent certains de nos concitoyens vis-à-vis de la science et du progrès technique.

Je sais que vous en débattrez à l’occasion d’une de vos sessions sur les incertitudes scientifiques, les risques et le principe de précaution. On voit bien, avec le débat persistant sur les OGM et le débat qui commence à gagner en visibilité sur les nanotechnologies, que l’opinion publique doit non seulement rassurée, mais également convaincre de la pertinence et de l’utilité des activités scientifiques et technologiques.

L’IHEST doit, à ce titre, permettre de mieux anticiper la demande de nos concitoyens dans le domaine de la science et de la technologie, de renforcer notre capacité de dialogue sur les finalités de la recherche, ses méthodes, ses résultats et son évaluation.

Il me semble en effet important que le chercheur prenne en compte, dans son travail, les interrogations qui se font jour chez nos concitoyens sur les conséquences de l’utilisation qui pourrait être faite de telle ou telle découverte, voire de ses attentes. Je l’ai dit et je le répète : si elle doit être libre, la recherche doit également contribuer à répondre aux grands défis qui se posent à notre société : développement durable, lutte contre la maladie d’Alzheimer… Dans ce contexte, il est utile d’avoir un lieu de débats où les chercheurs et la société civile peuvent se rencontrer.

Mais il s’agit également de faire comprendre à nos concitoyens que le progrès scientifique et technologique leur bénéficie souvent directement. C’est à la fois vrai si on se tourne vers le passé - vous vous pencherez ainsi au mois de février sur l’exemple du téléphone mobile – mais également sur le futur. Aujourd’hui comme hier, la démarche scientifique est celle qui permet de s’attaquer à des inconnues, d’identifier des problèmes et de les résoudre. Vous vous en rendrez compte, j’en suis sûre, lorsque vous vous intéresserez aux problématiques de l’eau ou au changement climatique.

Vous êtes tous en situation de faire avancer de tels débats. Vous exercez en effet, en tant que dirigeants ou futurs dirigeants, des responsabilités importantes dans tous les secteurs d’activité : grands organismes de recherche, entreprises, secteur associatif, administrations d’Etat et locales, monde des média et de la culture, syndicats… Vous avez choisi, avec l’appui de vos employeurs, de contribuer durant cette année au développement de ce lieu de rencontres de haut niveau, de débats libres sur les questions de recherche et d’innovation, associé à une formation de référence. C’est un acte de confiance que vous témoignez, ainsi que vos employeurs, vis-à-vis de l’IHEST.

Vous allez maintenant vivre une année de débats entre vous, d’échanges avec des philosophes, des scientifiques, des industriels, de déplacements en France et à l’étranger sur des lieux de recherche. J’espère non seulement que chacun pourra en retirer un bénéfice personnel, mais également qu’une dynamique collective pourra se créer au sein de votre promotion, que la diversité de vos origines et de vos parcours vous permettront de vous enrichir mutuellement, de mêler vos expériences, de vous montrer qu’une même problématique peut être abordée différemment, pour le plus grand bénéfice de tous.

Je souhaite enfin qu’à l’issue de l’année, vous puissiez devenir des personnes ressources susceptibles de relayer les débats auxquels vous aurez participé ici, de rapprocher les

points de vue de la recherche et de la société, de prendre en compte les problématiques liées à la recherche dans les décisions que vous aurez à rendre. J’ai appris qu’une association des anciens auditeurs était en cours de constitution. Après une seule année d’existence, je pense qu’il s’agit d’un témoignage de la réussite de la mise en place de l’IHEST qui repose, à mon sens, à la fois sur l’investissement de l’équipe réunie par sa directrice, et sur la pertinence de son positionnement.

Je vous remercie de votre engagement.

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Publié le jeudi 15 novembre 2007,
mis à jour le jeudi 6 mars 2014