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Rapport d’étonnement

Le Maroc : la transition par la croissance et le dynamisme !

Mais quelle idée d’emmener la promotion Wangari Maathai au Maroc ? Quelles transitions y-a-t-il à observer dans un pays si proche qu’on croit connaître si bien ?

Un pays de 35 millions d’habitants, avec un taux de croissance situé entre 5 et 7 % par an, selon les répercussions des crises européennes, avec un réseau d’ infrastructures neuves et performantes, un développement urbain accéléré, des pôles industriels dynamiques, une université flambant neuve et des laboratoires de recherches à la pointe, tout cela est propre à stupéfier le touriste ou le visiteur de passage.
« J’ai pris une grande claque ! » nous dirent quelques auditeurs lors du tour de table d’évaluation du voyage.

Sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, le Maroc a tracé la voie de son autonomie énergétique et est en passe de réussir l’objectif d’atteindre au moins 52% d’énergie produite par les énergies renouvelables en 2030. Au moins trois raisons à cela : le Maroc n’a aucune énergie fossile ; l’importation des hydrocarbures pèse lourd dans la balance des paiements ; le pays est particulièrement exposé au changement climatique : vagues de chaleur, événements extrêmes, et pénurie hydrique. L’art des dirigeants a été de retourner ces handicaps en opportunités.
Le pays a massivement investi dans la recherche et le développement notamment autour de l’IRESEN (Institut de recherche pour l’énergie solaire). Une agence finance les grands projets d’infrastructures : le MASEN. Parmi ses réalisations, la première tranche de la centrale solaire de Ouarzazate de 580 MW assure seule l’équivalent des besoins de la métropole de Casablanca de 6,5 millions d’habitants. 700 MW solaires, 1200 MW d’éolien, joint à 2000 MW d’hydraulique produisent désormais 15% de l’électricité marocaine et si les investissements continuent à ce rythme les objectifs 2030 seront atteints.

Parallèlement le Maroc a réformé complètement son système financier, et développé les investissements dans l’industrie avec l’automobile (usines de Renault et implantation prochaine de PSA) en lien avec la création du port de Tanger Med ou avec l’aéronautique à Casablanca. Le port de Tanger Med, dans le détroit de Gibraltar, entre Atlantique et Méditerranée, escale des porte-containers entre occident et orient, est un véritable coup de génie : construit en 13 ans, il est aujourd’hui le premier port d’Afrique, le deuxième port de Méditerranée, avec un trafic de 4 millions de tonnes (un million de tonnes de plus qu’Algésiras situé sur la rive européenne) et une capacité de 9 millions de tonnes ! Le parc aéronautique de Casablanca est un cluster, exemple de vision et de volontarisme : à partir de rien, le Maroc regroupe aujourd’hui des usines des plus grands groupes mondiaux du domaine, comme le Français Safran ou l’Américain Bombardier.

Située à 70 km de Marrakech, l’université Mohammed VI Polytechnique développe à Ben Guerir la magnifique architecture de Ricardo Bofills sur d’anciennes carrières de potasse et accueille déjà 6000 étudiants. Le projet lui-même semble demesuré, mais a vocation à attirer des étudiants du monde entier et à devenir la première université d’Afrique. La recherche, financée à la fois par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et sur projets, notamment par le CNRST – équivalent de l’ANR-, qu’elle soit fondamentale ou appliquée, répond aux grandes priorités de l’Etat et aux exigences de développement du pays. Le Mascir, institut de recherche appliqué évoque à la fois les Fraunhoffer et les CEA Tech.

Le modèle de gouvernance qui préside à ces transitions si rapides est à méditer : une vision et une volonté politique forte dans la continuité, des investissements massifs à rentabilité moyen long terme, des projets et coopération avec tous les acteurs. Un nouveau concept nous a même été présenté : la co-localisation avec les grandes entreprises étrangères : une usine créée au Maroc, nous dit le président de la CGEM (Confédération générale des entreprises marocaines, le « Medef » marocain), ne détruit pas les emplois dans leur pays d’origine, mais permet de les conserver !
Tout cela réalisé par des hommes… et des femmes – oui, des femmes dans un pays musulman : la parité est assurée dans les équipes de direction des institutions et entreprises visitées ! – engagés, dynamiques, formés principalement en France, mais aussi ailleurs en Europe et aux Etats-Unis. L’optimisme des élites marocaines, allié à leur accueil chaleureux et sympathique, et à leur « envie de France », est un remède souverain contre la grogne et le french bashing !

Il reste cependant beaucoup à faire, dit aux auditeurs de la promotion le président du CESE ( Conseil économique, social et environnemental) du Maroc. Si les villages ont désormais l’eau courante, elle n’est pas encore à tous les robinets ; l’électrification est presque achevée, mais il reste encore quelques zones grises, rurales et montagnardes ; les écoles ont été ouvertes dans tous les villages, mais les établissements secondaires sont dans les villes ; si l’accès aux études universitaires restent réservées à un nombre encore trop faible, malgré un système de bourse mettant en route l’ascenseur social, les jeunes diplômés sont les plus exposés au chômage ; un tiers des marocains seulement bénéficient d’une protection sociale et d’une retraite, le système de santé est encore très fragile, la famille reste encore la meilleure garantie de l’individu. Ce constat sans complaisance une fois dressé, le président conclut : « même si nous sommes conscients de l’urgence climatique parce que parmi les pays les plus exposés de la planète, nous avons besoin de la croissance pour achever notre développement et élever le niveau de vie et d’éducation de toute la population ».

Voilà un discours qui nous décentre, nous qui commençons à envisager de ralentir voire d’arrêter la croissance ! Il est vrai que nous avons pu mesurer ses effets néfastes. Le Maroc, lui en est seulement à mesurer ses effets positifs. Avec le discernement dont font preuve ses décideurs, peut-être saura-t-il préserver une juste mesure, et assurer un véritable développement durable, sans tomber dans les excès catastrophiques de la sur consommation.

Le voyage s’est conclu par un échange avec l’Ambassadrice de France. Elle insiste sur la très grande proximité qui lie nos deux pays, sur les défis que nous affrontons ensemble. Dans les domaines de l’éducation, de la formation et de la culture : c’est avec le Maroc que la coopération culturelle est la plus importante au monde. Dans le domaine économique, le Maroc est le premier partenaire étranger de la France et celle-ci le 3ème bailleur de fonds. En matière de sécurité, la coopération judiciaire et policière est exemplaire et l’efficacité marocaine pour démanteler les réseaux djihadistes, ou intercepter le trafic de stupéfiants nous est indispensable. Sur le plan religieux enfin, le Maroc, contribue à promouvoir un islam modéré, notamment par la formation d’imams destinés à exercer à l’international et notamment en France.

Pour tous ces aspects, et tellement d’autres encore, il est urgent de s’intéresser au Maroc, et d’abord d’aller constater de ses yeux l’efficacité du modèle de développement choisi, déterminant pour l’émergence de l’Afrique, continent qui représente un enjeu mondial dans les décennies à venir.

Publié le jeudi 27 février 2020