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Cycle national de formation 2018-2019

Retour de voyage d’études Singapour - Malaisie

A l’issue du voyage d’études international (9-15 février), il a été demandé à la promotion 2018-2019 de rédiger une note d’étonnement : il s’agissait en quelque sorte de transformer ce voyage et un temps d’exploration et de découverte, de sortir du cadre et de se laisser surprendre par d’autres approches jamais vues ailleurs, où qui sont utilisées de façon originale.
La directrice Sylvane Casademont s’est également prêtée à l’exercice :

Quelles trajectoires conduisent à l’inventivité d’un éco-système performant quand on part dans la compétition mondiale avec un retard de connaissances et peu d’atouts ? C’est ce que nous sommes allés voir à Singapour et en Malaisie. La cité Etat et l’archipel malais affichent d’emblée leurs différences – quand ce ne sont pas leurs divergences. Mais pour un œil occidental, on y trouve des similitudes, et des sources de réflexion riches d’enseignements. En voici quelques-unes :

Singapour, petite cité Etat sans ressources naturelles, sans eau potable (elle est importée, recyclée, dessalée ou récupérée des pluies), d’une superficie de 720 Km2 dont 25 % gagnés sur la mer est devenue en 50 ans le modèle mondial de réussite économique ( 3ème PIB et second port de conteneurs du monde), le paradis de l’innovation technologique et le symbole de la société de la connaissance en attirant des chercheurs du monde entier. Son régime économique libéral se concilie avec un régime politique non démocratique qui mène des politiques publiques volontaristes particulièrement efficaces en matière de développement urbain durable. La méthode est intéressante : elle consiste à prévenir la population des changements à venir longtemps à l’avance (quelquefois plusieurs années) et à mettre en place les choses progressivement. Le résultat est incontestable : peu de voitures individuelles ( un habitant sur 6 en possède une) compensées par un réseau de transports publics très performants, très peu d’embouteillages donc moins de pollution par les véhicules, des parcs partout, des arbres au milieu des voies rapides, des immeubles à énergie positive, une ville d’une propreté à déjeuner par terre, bref une qualité de vie pour tous bien supérieure à celle que l’on trouve dans des villes comparables, comme Shanghai, Mexico ou Hong-Kong, New York ou… Paris ! Voilà qui fait réfléchir quant aux méthodes de gouvernement à utiliser pour la mise en œuvre de la transition écologique…

La Malaisie est un pays assez vaste et relativement peu peuplé (330 000 km2, 32 millions d’habitants), sauf dans les grandes agglomérations. L’avion qui vient de Singapour survole les plantations de palmiers à perte de vue. A Kuala Lumpur, on retrouve les embouteillages familiers et les magnifiques tours jumelles défient les plus beaux immeubles du monde. Cette prospérité cache encore de grandes différences de fortune et de niveau de vie. Car le pays est parti de loin. Au moment de l’indépendance (1961), la grande majorité de la population était très pauvre. Le Gouvernement a donc organisé le développement économique. La production d’étain et de caoutchouc qui a fait la prospérité de la colonie anglaise est remplacée par la production d ‘huile de palme. Parallèlement, l’implantation d’entreprises étrangères encouragée par une politique financière favorable et la découverte de gisement de pétrole par la société Petrones ont stimulé le développement industriel. La priorité du Gouvernement a été aussi de constituer des élites malaisiennes, aptes à prendre les commandes de l’économie et des politiques publiques, et de donner des chances égales à tous les Malaisiens, quelles que soient leurs origines ethniques. Le niveau de vie de la population s’améliore, soutenu par une active politique de santé publique. La paix sociale est assurée.

Deux paradis ? Certes pas : l’avenir, comme partout, est semé de nouveaux défis : vieillissement de la population, catastrophes climatiques annoncées, immigration qui va s’accentuer, et nécessité de tenir tête aux géants que sont la Chine et l’Inde … Mais vu les défis déjà affrontés, ces deux pays démontrent de solides capacités d’adaptation.
Tous deux ont su s’appuyer sur leurs atouts pour surmonter leurs handicaps : pour Singapour, sa situation géographique et son port, pour la Malaisie, ses ressources naturelles ( huile de palme, pétrole). Ils tirent parti des différences ethniques et culturelles des populations en les accueillant, en les intégrant sans les assimiler : dans les deux pays cohabitent chinois, malais, indiens, et autres nationalités d’Asie du Sud, européens, nord-américains… gardant leurs langues, leur religion, leur culture et leurs traditions, mais contribuant activement au développement de la Malaisie et la prospérité de Singapour. L’art tout oriental de concilier les contraires les a conduit à ne pas opposer développement économique et développement durable, mais à intégrer les deux approches. La Malaisie est un exemple rare d’une démocratie islamique où les femmes exercent de hautes responsabilités : ministre, secrétaires générales de ministère, directrices de laboratoires… qu’elles soient chinoises, indiennes ou malaises. Les deux pays mènent, dans la durée, des politiques publiques volontaristes et ambitieuses et notamment des politiques d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche et d’innovation. La réussite scolaire des Singapouriens est de notoriété mondiale ; en Malaisie, la politique très active du Gouvernement et la mobilisation de l’ensemble de la population en matière d’éducation sont en train de porter leurs fruits. Si Singapour a une avance indéniable dans le domaine de la haute technologie, le Gouvernement malaisien s’attache activement à la développer : l’exemple de la ville numérique de Cyberjaya, première ville bas carbone en Malaisie, bâtie comme un « living lab », est remarquable. Dans les deux pays le développement durable est piloté par l’Etat. Enfin, les gens, à Singapour comme en Malaisie partagent un objectif commun : la réussite de leur pays et cet objectif transcende les différences.

Publié le mardi 5 mars 2019,
mis à jour le mardi 19 mars 2019