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Hommages à Bertrand Collomb, président fondateur de l’IHEST (2007-2013)

C’est avec émotion que nous avons appris le décès de Bertrand Collomb, ancien président-directeur général du groupe Lafarge, président fondateur de l’IHEST. Vous trouverez dans cet article les hommages de Marie-Françoise Chevallier - Le Guyader, Préfiguratrice puis directrice de l’IHEST, 2005-2016, ainsi que d’Yves Le Bars, , Ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts honoraire, président du Comité Français pour la Solidarité Internationale, membre du conseil d’administration de l’IHEST (2007-2016).

Ancien élève de Polytechnique, ingénieur du corps des mines, licencié en droit et docteur en management, Bertrand Collomb avait commencé sa carrière comme ingénieur des mines à Metz.
Entré en 1975 dans le groupe Lafarge, il y occupa plusieurs grands postes de direction avant d’en devenir le PDG en 1989, Bertrand Collomb en fit le numéro un mondial dans le secteur industriel. Il fut nommé le Président d’honneur du groupe en 2007.

Grande figure du patronat français, il était également très engagé dans la défense des enjeux citoyens dans le monde de l’entreprise, notamment le développement durable.

Grand militant du progrès scientifique et technologique, il fut le président fondateur de l’IHEST de 2007 à 2013, sur proposition de François Goulard, alors ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Il fut également membre de l’Institut, Président de l’Académie des sciences morales et politiques pour 2013.

« Le changement dans nos sociétés est une évidence : accélération des changements techniques, mondialisation, société et économie de la connaissance s’accompagnant de l’apparition d’une conscience collective qui essaie de traiter des problèmes collectifs nouveaux comme par exemple les problèmes de développement durable. Beaucoup de débats sociétaux impliquent la science et soulèvent de nombreuses difficultés. Le changement climatique est peut-être au niveau mondial le sujet le plus évident où s’entrechoquent une connaissance scientifique en devenir et la capacité ou l’incapacité de nos sociétés à se positionner face à ce risque, à aller de l’appréciation du risque à l’appréciation de la réalité scientifique, à se mettre dans des positions de déni ou de volontarisme parfois un peu illusoires. »

Bertand Collomb, 20 juin 2008, clôture du cycle national 2007-2008

L’ensemble des auditeurs ainsi que les membres de l’équipe de l’IHEST présentent leurs sincères condoléances à sa famille et ses proches.

Hommages à Bertrand Collomb

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader

Préfiguratrice puis directrice de l’IHEST, 2005-2016

En novembre 2005, la création de l’IHEST est inscrite dans le Pacte pour la recherche par François Goulard, alors Ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche. Dans le cadre de la mission de préfiguration qui m’est impartie, la nécessité d’un pilotage scientifique et sociétal se traduit par la création d’un comité d’orientation présidé par le Ministre. Bertrand Collomb accepte d’y siéger et c’est ainsi que je le rencontrai pour la première fois. La promotion fondatrice Pierre-Gilles de Gennes est lancée en novembre 2006, cependant que nous travaillons sur les statuts de l’établissement qui sera créé le 27 avril 2007. Tout naturellement le gouvernement se tourne vers un industriel pour en assurer la présidence : Bertrand Collomb. C’est ainsi qu’en mai 2017, je commence à travailler avec notre président, dans l’attente de ma propre nomination qui interviendra en juillet. J’étais loin d’imaginer la suite… Durant six années, l’Ihest a eu le privilège d’être présidé par une personnalité hors du commun. Tous les administrateurs et les membres du conseil scientifique peuvent en témoigner, ainsi que l’équipe de l’IHEST.

Grand dirigeant industriel, il avait une pratique éprouvée de ces instances et, bien sûr, de l’art de la décision. Ceci s’inscrivait dans une exigence de fond associant qualité du travail et management de ses collaborateurs. Je me souviendrai avec émotion de nos réunions rue des Belles Feuilles au siège de Lafarge. Elles étaient programmées tous les mois durant les deux premières années année puis quatre fois par an ensuite, et ceci parfois deux ans à l’avance, au vu de son agenda, et elles duraient une heure. Nous arrivions, Lucile Grasset et moi-même, avec des dossiers documentés. Après leur examen critique et précis, nous nous lancions dans des discussions très libres sur les enjeux sous-jacents et à venir, sous les yeux désolés de son assistante qui voyait le temps passer et se demandait bien quel pouvait être cet institut auquel son patron accordait tant de son temps !

Il fut à l’origine de notre logique de travail en plans triennaux et du plan stratégique qui se conclut, après son départ en 2014, puis par la signature du contrat d’objectif entre l’Etat et l’IHEST, en février 2015. Impossible d’évoquer ici toutes les décisions prises alors, mais ce qui me frappe rétrospectivement, c’est la confiance qu’il m’a accordée à chaque instant et sa volonté d’avancer en structurant tout en innovant.

Il participait à nos « rites », comme il le disait avec humour : ouverture et clôture du cycle national le plus souvent au CESE, vœux avec le monde artistique, universités d’été sur des enjeux d’actualité, conférences « Paroles de chercheurs » ouvertes à un large public, toutes initiatives qu’il avait mises en discussion dans les conseils, sur la base de nos propositions. Il nous a ouvert de multiples portes : du Collège des Bernardins au président de l’université de Tokyo ! Ses conseils pour nos déplacements dans le monde étaient précieux, tant il avait l’expérience du monde…

Ses interventions nous ont tous marqués. Elles ont contribué à nous dévoiler la puissance de sa réflexion et son ouverture. Toujours avec beaucoup de modestie et en se positionnant comme un témoin, il nous parlait de l’entreprise, du développement durable, du climat, de l’innovation, des risques, des normes, du statut de la connaissance… « La connaissance scientifique ne résulte pas d’un consensus social » avait il développé lapidairement un jour, à juste titre !

J’ai peu à peu découvert combien il était investi dans d’autres organisations destinées à croiser les cultures, dialoguer, sensibiliser, éduquer. Son expérience de la recherche en sciences humaines et sociales, le côtoiement de grands penseurs tel René Girard, pour ne citer que lui, l’avaient sans doute conduit à accompagner de telles démarches et défendre de telles valeurs, qu’il retrouvait, me semble-t-il, au sein de l’IHEST. Quel honneur pour nous !

Au-delà de ses deux mandats de président de l’IHEST, il a continué de suivre nos initiatives et d’y intervenir, comme en 2015 lors de l’université internationale d’été « Les sociétés à l’épreuve du changement climatique : éduquer, agir, gouverner », sur un sujet qui lui était cher à de multiples titres, de l’action des entreprises à l’inscription du principe de précaution dans la constitution à laquelle il avait participé.

Aujourd’hui mes pensées vont à son épouse, ses enfants, ses petits enfants. Qu’ils sachent que sa mémoire restera ancrée dans notre histoire. Son départ me laisse désemparée tant sa présence marquait, sa gentillesse frappait, son expérience aidait. Il nous laisse le devoir de poursuivre l’aventure de l’IHEST, de reconstruire ensemble le sens du progrès et de ne pas renoncer malgré les difficultés…
Merci, Bertrand.

Yves LE BARS

Ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts honoraire, président du Comité Français pour la Solidarité Internationale, membre du conseil d’administration de l’IHEST (2007-2016)

C’est en classe préparatoire au Lycée du Parc à Lyon que nous avons commencé nos chemins parallèles. Brillant élève, il intègre à l’X une année avant moi. A la sortie de la rue Descartes nos itinéraires se sont éloignés pendant une quarantaine d’année, pour Bertrand comme responsable d’une entreprise qu’il a voulu responsable, puis plus largement comme promoteur de l’implication des entreprises pour un développement durable, et pour moi comme dirigeant d’organisme de recherche puis comme responsable d’ONG : dans des contextes différents nos préoccupations ont fini par se rejoindre.

L’IHEST nous a réuni en 2007. Alors que j’étais un conseiller pour la mise en place de cet Institut, il en est devenu le premier président. Son apport a été très vite en phase avec l’ambition de l’IHEST de promouvoir l’interaction entre la science, les producteurs de connaissances nouvelles et les porteurs des enjeux de notre société ! Cela a duré près de 6 ans pendant lesquels j’ai vu Bertrand Collomb apporter son intelligence des sciences et des enjeux de notre temps, inspirer et stimuler le travail de notre Institut. Ouvert à toutes les disciplines, dans une vue intégratrice, que l’on pourrait dire « philosophique » de la connaissance, il a fait bénéficier l’IHEST de ses contacts dans de nombreux secteurs de la société, en Europe comme dans le monde. J’en ai été le témoin, puisqu’il m’avait demandé de le remplacer dans le voyage international de plusieurs promotions : son nom nous avait ouvert de nombreuses portes, aux États Unis, en Inde, au Japon ou au Brésil…

Bertrand Collomb nous a beaucoup apporté, et il avait encore beaucoup à nous dire, sa disparition nous touche profondément. Je m’associe aux sincères condoléances que les membres de l’équipe et les auditeurs de l’IHEST présentent à sa famille et à ses proches.


Ses interventions à l’IHEST à lire ici : https://www.ihest.fr/ihest_auteur/collomb

Publié le lundi 27 mai 2019,
mis à jour le mercredi 29 mai 2019