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Université européenne d’été de l’IHEST

La diffusion du débat et la question du public

27 août 2010 - Arc et Senans

A l’issue de l’université européenne d’été de l’IHEST "Quelle place pour la science dans le débat public ?" qui a réuni quelque 75 participants à la Saline royale d’Arc et Senans, présentation rapide des intervenants et de leur intervention avant une transcription plus complète des débats.

Public et débat public : activité langagière et apprentissage de la raison ordinaire par Jean-Pierre Pagès

Empruntant à la psychosociologie et à la sémiotique plus qu’aux sciences politiques, l’approche du débat public de l’association Agoramétrie apparaît bien adaptée à l’étude des rapports entre science et débat public. En s’appuyant sur différents écrits d’hier et d’aujourd’hui, il s’agira d’abord de soumettre à la critique les fondements d’une théorie qui a été conçue pour éclairer les interactions entre des producteurs de discours (acteurs et médias) et ceux qui les récupèrent pour converser avec autrui (publics). Il s’agira ensuite d’apprécier les conséquences d’une telle théorie : quid de l’efficacité du débat public ? Quid des opinions et de la manière de les appréhender ? Quid des structures de l’opinion publique ?

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La volonté d’introduire les dimensions économiques et sociales dans les choix de sécurité nucléaire est à l’origine des travaux sur le débat public de Jean-Pierre Pagès et de son équipe au sein du Commissariat à l’Énergie atomique (CEA/IPSN). Démarrés en 1974 en pleine controverse nucléaire, ils ont débouché, en collaboration avec la Direction des études et recherches d’EDF, à la mise en place en 1977 d’un système d’enquêtes sur « les structures de l’opinion publique » et à la création en 1982 de l’association Agoramétrie. Au départ chercheur (CEA) et enseignant (universités) en statistique, Jean-Pierre Pagès est devenu sociologue malgré lui. Il intervient au nom d’Agoramétrie, dont il est l’un des fondateurs.


La science dans l’espace public à l’heure d’internet par Laurence Monnoyer-Smith

Les pratiques informationnelles des citoyens en matière scientifique et technique ont évolué de manière significative durant les deux dernières décennies. La suprématie de l’information télévisuelle a laissé place à des pratiques plus fines, largement dépendantes de l’usage que les personnes souhaitent faire de cette information. Un de ces usages est celui de la participation à des débats publics (organisés ou non). Trois conséquences peuvent être tirés de cette nouvelle forme d’accès à l’information : une capacité d’apprentissage importante des parties prenantes, la remise en cause des formes traditionnelles de l’autorité scientifique, la discussion sur le fond des indicateurs permettant d’évaluer les projets.

monnoyer Laurence Monnoyer-Smith est professeur en Sciences de l’Information et de la Communication à l’université de Technologie de Compiègne. Elle y dirige le mineur Communication des Connaissances Technologiques, qui rassemble des enseignements portant à la fois sur la communication scientifique et la démocratie technique. Engagée dans le laboratoire Costech, elle est responsable du groupe EPIN (Etude des pratiques interactives du numérique) qui rassemble essentiellement les chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication et en sciences du langage du laboratoire. Ses travaux de recherche concernent la démocratie électronique, les dispositifs électroniques de médiation citoyenne et les conditions d’émergence de nouvelles formes de citoyenneté. Ses travaux théoriques portent sur une approche socio-politique des théories de la délibération et sur l’usage des technologies de l’information dans le cadre du processus décisionnel. Elle a tout particulièrement étudié le fonctionnement de la Commission Nationale du Débat Public et l’articulation des dispositifs en ligne et hors ligne mis en œuvre et a été membre de deux Commissions Particulières de la CNDP*. Son ouvrage Communication et délibération : mutations technologiques et enjeux citoyens sera publié à l’automne chez Hermès Publishing. -• *http://www.debatpublic-seineaval.or... et http://www.debatpublic-traitement-d...


Comment la science peut-elle être communiquée ? par Michel Alberganti

Les résultats de la science intéressent toujours fortement le grand public. Néanmoins, leur complexité croissante rend délicate leur vulgarisation, pourtant indispensable. La presse louvoie ainsi entre caricature et hermétisme. Cet écueil revêt une importance particulière lorsque les sujets abordés ne relèvent plus du simple émerveillement face aux progrès de la connaissance mais que la science se retrouve au centre de controverses virulentes. Les exemples abondent : nanotechnologies, réchauffement climatique, grippe A… Scientifiques et journalistes doivent alors relever un véritable défi : transmettre une information compréhensible et de qualité pour alimenter le débat démocratique devant aboutir à des décisions politiques.

alberganti Michel Alberganti est journaliste, producteur d’émissions de radio, chef d’entreprise. Ingénieur de formation (École Nationale Supérieure des Arts et Métiers - 1978), il devient journaliste en 1983 et intègre différentes rédactions avant de rejoindre, en 1995, le journal Le Monde en tant que spécialiste des nouvelles technologies. En 2003, il produit sur France Culture l’émission Science Frictions, puis à partir de 2006, l’émission Science Publique, diffusée tous les vendredis de 14h00 à 15h00. De 2003 à 2006, il devient chef de service, rédacteur en chef adjoint au Monde. En 2007 et 2008, il collabore aux services Grands Reporters et Futur, dirige la rubrique high-tech du Monde 2 et assure la rédaction en chef du supplément Nouvelles technologies du Monde. En février 2009, il quitte Le Monde et il crée l’entreprise VideoScopie Production, spécialisée dans la réalisation de vidéos destinées aux sites Internet. Il a publié les ouvrages suivants : La RFID : Quelles menaces, quelles opportunités ? avec Pierre Georget - Editions Prométhée - 2008. Sous l’œil des puces, la RFID et la démocratie - Actes Sud – 2007. A l’école des robots ? L’informatique, l’école et vos enfants - Calmann-Lévy – 2000. Le multimédia. La révolution au bout des doigts. Le Monde-Editions / Marabout – 1997.


Processus, méthodologie et évaluation du débat. L’exemple des nanotechnologies

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Introduction par Jean-Michel Fourniau

Dès que les nanotechnologies ont donné lieu à des décisions de financements publics massifs, la question d’une large mise en discussion publique s’est trouvée posée. Il s’agissait dans tous les pays d’éviter que ce « nouvel horizon d’innovation technologique » soit contrarié par un nouveau « syndrome OGM ». Mais la mise en œuvre de la participation citoyenne à une « gouvernance technologique » s’est inscrite dans des histoires différenciées aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en France. Cette séquence s’attachera à analyser les procédures et les méthodes utilisées dans ces pays pour conduire ces débats et à en évaluer les résultats. La variété des dispositifs permet-elle de dégager un état de l’art en matière d’organisation des débats ? Qu’est-ce qu’un débat réussi quand il existe des différences notables dans la perception des opportunités et risques liés au développement des recherches et des applications, et donc dans la définition des publics concernés ?

fourniau Sociologue, Jean-Michel Fourniau est directeur de recherche au département économie et sociologie des transports de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS-DEST). Il est également membre du Groupe de sociologie pragmatique et réflexive de l’École des hautes études en science sociale (GSPR, EHESS) dirigé par Francis Chateauraynaud. En 2009, il a créé le Groupement d’intérêt scientifique Participation du public, décision, démocratie participative. Il en est le directeur. Il est également membre du bureau Nanos et Société du centre francilien de compétences sur les nanotechnologies « C’Nano Île-de-France ». Ses travaux portent sur l’institution de la Commission nationale du débat public (CNDP) et le rôle des dispositifs de participation du public dans la transformation des processus politiques de production de l’intérêt général, sur la place de l’expertise dans ces processus et sur l’expérience démocratique des participants.



La CNDP et le débat public sur les nanotechnologies par Jean Bergougnoux et Patrick Legrand

bergougnoux legrand Ancien élève de l’école Polytechnique et de l’Ecole nationale de la Statistique et de l’Administration Economique, Jean Bergougnoux entre à EDF après un début de carrière à l’Institut National de la Statistique et au ministère de l’Industrie. Il occupe le poste de directeur Général d’EDF de 1987 à 1994. Durant cette période, il devient le premier président de l’association des électriciens européens EURELECTRIC et préside également le Comité des études du Conseil mondial de l’Energie. Président d’honneur de la SNCF depuis 1996, il se partage aujourd’hui entre des activités de consultant international dans le domaine de l’énergie, des transports, de la stratégie et du management et des activités « d’intérêt général », notamment en tant que membre de la Commission nationale du débat public depuis sa création en 1997. Il a ainsi présidé plusieurs débats publics sur de grands projets d’équipements portuaire, aéroportuaire et autoroutier et le débat public sur les options générales en matière de développement et de régulation des nanotechnologies.

Architecte, ingénieur de recherche de l’Institut National de la recherche Agronomique (INRA), Patrick Legrand est président d’honneur de France Nature Environnement. Ancien membre de la Commission pour la consultation de la population sur le projet de canal Rhin-Rhône (1996), il est membre de la CNDP depuis 1997, président de la Commission particulière du débat public « Iter en Provence » (2005-2006). Depuis 1986, il est en charge de différents services Environnement de l’INRA et, jusqu’en février 2008, directeur de la Mission Environnement-Société et de sa publication, Le Courrier de l’Environnement de l’INRA. Auparavant, il a notamment été, conseiller au cabinet de Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement (1999-2000) et conseiller technique au cabinet d’Huguette Bouchardeau, ministre de l’Environnement (1983-1985), chef de la Mission du Paysage, chargé de recherche au CERGRENE (Ecole nationale des Ponts et Chaussées).


Public engagement and the politics of nanotechnology, par Jessica Bland

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The emergence of nanotechnology has coincided with a greater openness in science and innovation policy. For government, public engagement has become a way of avoiding a repeat of past mistakes. Nanotechnology has become an opportunity to reimagine the relationship between science and democracy. The UK’s experiments in public engagement have allowed a look behind the scenes of science policy. From backstage, we can see that policymakers tend to see the public as a problem rather than an opportunity. New conversations with the public do not provide easy answers. They ask difficult but important questions, opening up new possibilities for science.-•


Consensus conference and public discussion in the US par Jameson Wetmore

Thus far, few Americans know much about nanotechnology and fewer still worry that it will cause any problems. Nevertheless government agencies, corporations, and academic organizations have taken steps to generate discussion, gather public input, and create a smooth transition to a nano-enabled world. This talk will give a brief overview of efforts in the US to mobilize public trust (as well as concerns) through consensus conference, public discussions, and the development of regulatory frameworks.

wetmore

Jamey Wetmore is assistant professor at the Consortium for Science, Policy & Outcomes and the School of Human Evolution & Social Change at Arizona State University. He is assistant director of education and co-leader of the Equity, Equality, and Responsibility research program at the Center for Nanotechnology in Society. He works to develop new ways for analysts, policymakers, and scientists to reflect on technology and scientific research in order to improve our understanding of their effects and guide innovations toward socially desirable outcomes. He is co-author, with Deborah Johnson, of Technology & Society : Building our Sociotechnical Future (MIT Press 2008) and co-editor of the first two Yearbooks of Nanotechnology in Society : Presenting Futures (Springer 2008) and Nanotechnology and the Challenges of Equity, Equality, and Development (Springer 2010).-


The art of stimulating the debate on nanotechnology. A long-term view on the role of the Dutch Rathenau Institute par Rinie Van Est

I will present the Rathenau Institute’s long-term effort to study nanotechnology and stimulate debate about it. Its activities are guided by the existing debate context (e.g. political process, level of engagement). The art of stimulating the debate is to seduce people to get involved based on their own interests and curiousness. Moreover, it is important to strike a good balance between research, participatory debating activities (experts, stakeholders, general public) and action (like institutionalisation and regulation).

van est Rinie van Est is research coordinator and trendcatcher with the Rathenau Institute’s Technology Assessment division, which informs the Dutch parliament and stimulates public debate on social and ethical issues related to science and technology. Van Est studied applied physics at Eindhoven University of Technology and political science at the University of Amsterdam. His PhD-thesis “Winds of Change” (1999) examined the interaction between politics, technology and economics in the field of wind energy in California and Denmark. He joined the Rathenau Institute in 1997 and is primarily concerned with emerging and converging technologies such as nanotechnology, cognitive sciences, persuasive technology, robotics, and synthetic biology. He has many years of hands-on experience with designing and applying methods to involve experts, stakeholders and citizens in debates on science and technology in society. Examples are the Dutch debate on cloning and nanotechnology, and the European public panel on brain sciences called Meeting of Minds. In addition to his work for the Rathenau Institute, he lectures on Technology Assessment and Foresight at the School of Innovation Sciences of the Eindhoven University of Technology.-


L’espace numérique public et la visualisation des e-débats sur les sciences

avec Laurence Monnoyer-Smith

et Aliette Armel et David Chavalarias

En 2009, la Stratégie Nationale Recherche et Innovation (SNRI) a fixé les objectifs pour les 4 années à venir : « remettre la science au cœur de la société » a été défini comme une priorité nationale. Le secteur Sciences & Société du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a suscité auprès de trois chercheurs spécialistes des systèmes complexes la création d’un outil de veille dynamique spécifique. A partir de filtrages de la blogosphère, il vise à repérer les thématiques saillantes, à cartographier les mouvements d’opinion, à identifier les liens entre thèmes et acteurs, à comprendre et à suivre la logique des controverses, afin de nourrir des études permettant de les anticiper et les accompagner. Les dernières avancées de ce prototype seront présentées à travers des exemples concrets pris dans l’actualité de l’été et des questions de fond seront abordées : l’Etat peut-il être à l’initiative d’une telle démarche ? Peut-on légitimement établir des passerelles entre cet outil de veille et les préconisations concernant le débat public ?-

aliette Aliette Armel est l’adjointe du directeur scientifique du secteur Sciences et Société depuis sa création en 2009 au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Service Stratégie de la Recherche et de l’Innovation. Elle a antérieurement été chargée de grands projets, comme la direction de la Ville européenne des Sciences (Grand Palais novembre 2008), dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne : cet événement de culture scientifique et technique avait déjà pour thème « mettre la science au cœur de la société », objectif repris en 2009 par la Stratégie nationale Recherche et innovation (SNRI). Depuis le début de sa carrière dans l’éducation nationale en 1977, elle a toujours participé aux mouvements de modernisation de l’administration, particulièrement par l’informatique (informatisation des actes de gestion, à la fin des années 1970) puis Internet (Création du site du CNOUS, refonte du site de la Fête de la Science…).Historienne de formation, elle est également romancière.



chavalarias David Chavalarias est chargé de recherche CNRS/ISCC au Centre de Recherche en Épistémologie Appliquée de l’École Polytechnique, et directeur adjoint de l’Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France (http://iscpif.fr). Normalien agrégé de Mathématiques et titulaire d’un doctorat de l’École Polytechnique en sciences cognitives, ses travaux portent sur une approche « systèmes complexes » des systèmes sociaux, du point de vue de leur modélisation et du point de vue de la reconstruction de leurs dynamiques, avec comme proxy l’analyse de grands corpus numériques (e.g. archives scientifiques, blogs). Il a dirigé en 2004 l’ouvrage « Déterminismes et Complexités : du Physique à l’Éthique – Autour d’Henri Atlan » aux éditions La Découverte et est également Vice-Président de la Complex Systems Society (http://cssociety.org).- Publications et informations complémentaires : http://chavalarias.com